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À force d’écouter la souffrance de l’autre, on finit par la porter.

Certains métiers obligent à entrer dans l’histoire des autres. À accueillir leurs récits. À absorber leurs émotions. À rester présent même quand la souffrance déborde.

On pense naturellement aux médecins, pompiers, psychologues, mais aussi les avocats, les médiateurs, les personnes de confiance en entreprise, les référents harcèlement, et dans les organisations, des fonctions souvent oubliées comme les responsables santé et sécurité ou les RH.

Toutes ces professions partagent un point commun : l’écoute de personnes ayant vécu des situations difficiles, parfois violentes ou traumatiques.

Une exposition répétée à des récits de souffrance n’est pas neutre. Elle laisse de traces et peut modifier les perceptions professionnelles, fragiliser l’identité et affecter la sécurité émotionnelle surtout en l’absence de formation ou de supervision adaptées.

Fatigue compassionnelle et trauma vicariant : quelle différence ?

La fatigue compassionnelle désigne l’épuisement émotionnel et professionnel que peuvent ressentir les personnes régulièrement exposées à la souffrance d’autrui. Elle se traduit par de la fatigue, de l’irritabilité, des troubles du sommeil ou une baisse de concentration. C’est un signal d’alerte indiquant que la capacité à soutenir et accompagner les autres est mise à l’épreuve.

Le trauma vicariant, lui, correspond à un impact plus profond sur l’identité, les croyances et la perception du monde, lié à l’exposition répétée à des traumatismes vécus par d’autres. Il ne s’agit pas d’un traumatisme direct, mais d’une usure émotionnelle et cognitive progressive. Il ne se manifeste pas toujours par un épuisement visible, mais peut altérer durablement la manière dont une personne comprend et interagit avec le monde.

💡La fatigue compassionnelle peut augmenter le risque de trauma vicariant. Mais celui-ci peut aussi apparaître sans épuisement évident, surtout lorsque les récits traumatiques sont intenses ou répétés

Les signes qui doivent alerter

La particularité du trauma vicariant, c’est qu’il apparaît chez celles et ceux qui sont précisément censés soutenir les autres. Le phénomène ne concerne pas uniquement les métiers du soin mais tout professionnel recevant des confidences, des plaintes ou des récits de détresse, même lorsqu’il maîtrise parfaitement son rôle.

Les manifestations peuvent être subtiles au départ, puis s’installer durablement. Les plus fréquentes sont:

  • Épuisement émotionnel et cognitif : fatigue, troubles du sommeil, baisse de concentration.
  • Impact psychique : pensées intrusives, sentiment de surcharge ou d’injustice.
  • Changement relationnel et comportemental : irritabilité, détachement, cynisme, perte d’empathie

En entreprise aussi, il faut protéger celles et ceux qui écoutent

En Suisse, afin de réduire les risques de fraude, de conflit et de harcèlement, les employeurs se dotent d’un dispositif de Personne de confiance en entreprise (PCE), relais interne ou externe chargé d’offrir un espace d’écoute confidentiel aux employé·es, cibles ou témoins de fraudes, de harcèlement et de discrimination. En France, le rôle de référent harcèlement consiste à recueillir les signalements et à orienter vers les ressources adaptées.

Les PCE / référents harcèlement sont particulièrement exposés en raison de leur rôle de premier point de contact qui consiste à :

  • Recueillir des récits parfois chaotiques ;
  • Accueillir des émotions généralement mal perçues au travail : la peur, la honte, la colère ;
  • Naviguer dans une zone délicate, à la fois émotionnelle et juridique, où chaque mot compte.

L’exposition répétée à des récits douloureux peut, à terme, altérer les perceptions, fragiliser l’identité professionnelle et affecter la sécurité émotionnelle de la personne à l’écoute. Sans formation rigoureuse et sans supervision, le risque de surcharge est élevé.

Comment se protéger ?

Voici 3 leviers pour éviter que la fonction d’écoute ne devienne un terrain de fragilisation personnelle.

1. Se former

  • Développer des compétences solides : écoute active, analyse des situations à risque, régulation émotionnelle et cadre juridique.
  • Apprendre à poser des limites, structurer un entretien et adopter une posture professionnelle qui protège autant l’aidant que la personne accompagnée.

2. Mettre en place des pratiques d’hygiène personnelle

  • S’imposer des périodes de repos régulières pour se ressourcer.
  • Créer des rituels de clôture après chaque entretien sensible.
  • Pratiquer des activités qui apaisent le système nerveux : respiration, méditation, mouvements, etc.
  • Limiter l’exposition aux récits traumatiques en dehors du travail, par exemple en réduisant la consommation d’informations continues ou anxiogènes.

3. Bénéficier d’un espace de supervision par un expert externe

  • Échanger régulièrement pour alléger la charge émotionnelle,
  • Analyser les situations difficiles
  • Renforcer la pratique et remettre du sens.

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Pourquoi c’est essentiel aujourd’hui ?

Les entreprises affichent leur volonté de créer des environnements de travail inclusifs, mais la prévention des RPS et du harcèlement reste complexe, surtout lorsque les dispositifs d’écoute sont insuffisants. Les référents sont en première ligne : ils doivent être formés, soutenus et supervisés pour remplir ce rôle en toute sécurité.

Ce n’est pas un luxe, mais une condition de sécurité pour celles et ceux dont le rôle est de sécuriser les autres.

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📕 Quelques références pour creuser le sujet

  1. Revue Médicale Suisse : Fatigue compassionnelle, une réalité inéluctable dans le contexte d’une crise pandémique — implications psychiques et organisationnelles.
  2. Institut Français d’EMDR (IFEMDR) : Traumatisme vicariant, fatigue de compassion et épuisement professionnel — se prémunir en tant que thérapeute.
  3. Pearlman, L. A., & Mac Ian, P. S. (1995). Vicarious traumatization: Effects of trauma work on trauma therapists. Étude qualitative sur l’impact de l’exposition répétée aux récits traumatiques chez les thérapeutes.
  4. Newell, J. M., & MacNeil, G. A. (2010). Professional burnout, vicarious trauma, secondary traumatic stress, and compassion fatigue… Best Practices in Mental Health. Revue théorique des risques professionnels liés à l’exposition indirecte à la souffrance et des méthodes de prévention.
  5. Bride, B. E. (2007). Prevalence of Secondary Traumatic Stress among Social Workers. Social Work: Au moins 40 % des travailleurs sociaux exposés aux récits traumatiques développent des symptômes de stress traumatique secondaire.
  6. Dr Arielle Schwartz : Conseils pratiques pour prévenir l’épuisement professionnel chez les thérapeutes.


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